FEDEPSAD - Fédération des Prestataires de santé à domicile - Blog 
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Florence LEDUC, Présidente de l'Association des aidants

Novembre 2014

Quels sont les principaux enjeux auxquels sont confrontés les proches aidants ?

Il est important de préciser que la question des aidants concerne dans l’ensemble des populations touchées par la maladie, le handicap ou la précarité. Il faut pour chacun de ces sujets envisager si une dimension existe à propos des aidants.

Les aidants n’ont donc pas besoin de réponses généralisées. Il y a bien évidemment des inégalités territoriales derrière tous les problèmes qu’ils rencontrent, que ce soit au niveau des questions d’information, de formation, de prise en compte de la santé des aidants, de savoir si les réponses appropriées à la personne aidée se trouvent sur le territoire.

Il y a en effet un vrai besoin aujourd’hui d’assurer le meilleur maillage possible des réponses à destination des personnes aidées et de leurs proches aidants, que ce soit au niveau de la présence de Prestataires de Santé à domicile (PSAD), de services d’hospitalisation à domicile (HAD), de services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD), de soins à domicile (SAD) ou même  d’accompagnement de vie scolaire pour permettre aux personnes en situation de maladie, de handicap ou de dépendance de pouvoir avoir accès aux réponses professionnelles requises par leur état de santé. Il y a un vrai problème d’accès aujourd’hui à ces services qui pèse grandement sur la vie des aidants.

Quelles sont les particularités des maladies chroniques pour les proches aidants ?

La spécificité de ces maladies réside dans leur durée dans le temps. Ces dernières années, une personne souffrant d’une maladie chronique était une personne qui ne vivait pas au-delà d’un certain âge, alors qu’aujourd’hui, la durée de vie s’est spectaculairement allongée. Cette inscription des maladies chroniques dans un temps long va avoir une incidence très importante sur le mode de vie des aidants, comme le travail, la participation à la vie sociale, familiale, amicale ou associative. Il faut donc être très vigilant sur les effets négatifs que cela peut induire sur la santé et le moral de la personne aidante.

Y a-t-il des difficultés dans la relation entre les professionnels de proximité à domicile et les aidants ?

Le problème majeur est un problème de positionnement et d’identification de l’ensemble des acteurs autour de la personne aidée. L’enjeu pour le professionnel est de reconnaître le proche aidant pour ce qu’il est, c’est-à-dire une présence et une expertise sur la maladie de l’autre, sa volonté de bien faire, etc. afin de pouvoir lui donner la place qui lui revient autour de la personne aidée. Le même travail doit pouvoir se faire du côté de l’aidant : tant que ce travail d’identification de chacun n’est pas fait, il y a des difficultés. Voilà pourquoi nous animons des ateliers de formation pour permettre aux professionnels et même aux PSAD de réaliser le mieux possible ce travail.

 

Patrick MALLEA, Directeur Général du CNR santé à domicile et autonomie : « La silver économie est une économie de la qualité »

Avril 2014

Le CNR Santé a pour objectif de conduire des missions d'intéret général définies avec l'Etat afin d'animer la filière de la silver économie, développer la croissance et favoriser l'emploi de qualité.

1)      Le Gouvernement a récemment lancé un contrat de filière silver économie pour développer en France une réelle industrie du vieillissement. Quelle est la place du maintien à domicile dans ce contrat de filière ?

Le maintien à domicile a bien entendu une place très importante. Aujourd’hui, tout l’enjeu de la silver économie est de devenir une économie de la qualité dont le but est de faire mieux. Et justement, l’objectif du maintien à domicile  est un grand enjeu pour cette économie de la qualité qui est en train d’être mise en place en France.

Par ailleurs, la dimension sanitaire du maintien à domicile va bien entendu toucher les acteurs du secteur dans le cadre du contrat de filière : les PSAD notamment doivent en effet montrer qu’ils ne sont pas seulement des logisticiens, mais au contraire, des acteurs qui apportent de véritables services pour favoriser le maintien à domicile des personnes.

2)      Quelles les pistes d’innovations permettant à terme de favoriser le maintien à domicile ?

En matière de silver économie et de maintien à domicile, les pistes d’innovation résident principalement dans les technologies qui permettront à terme de garantir permanence et proximité pour les personnes maintenues à domicile. Les Français ont surtout besoin de bénéficier d’un service. Et justement, les innovations techniques permettront et permettent déjà de garantir cet accès au service. Le patient pris en charge sait ainsi qu’en plus de la livraison de son matériel, il va entrer en contact avec quelqu’un qui le conseille, l’oriente, l’écoute et peut se déplacer.

3)      Quelle est, dans ce contexte, la place du CNR dans le processus de développement de la silver économie ?

Le CNR agit dans 4 domaines principaux. Tout d’abord il doit, dans la dynamique du contrat de filière Silver économie, inciter les acteurs du secteur à jouer collectivement pour apporter des réponses à l’échelle du pays. Son rôle consiste ensuite à instaurer un climat de confiance, ce qui passe par une démarche de labellisation. De même, nous devons nous soucier de faire en sorte que les règles que nous allons mettre en place ne soient pas uniquement franco-françaises mais soient transposables dans un contexte européen. Enfin, le rôle du CNR consiste à travailler sur le savoir, le savoir-être et le savoir-faire des métiers du secteur pour améliorer la qualité des prestations effectuées.

4)      Quelle est la place des pouvoirs publics et des PSAD dans le développement de la silver économie ?

Les pouvoirs publics, dans ce contexte, ont pour principal rôle de s’assurer que chaque euro dépensé corresponde non seulement à un service rendu à une personne qui en a besoin, mais également que ce service entre bien dans une dynamique de croissance, de création d’emplois et d’investissement productif.

D’autre part, la place des PSAD est également primordiale, car ce sont des acteurs de terrain. Même si les technologies sont indispensables, il y aura toujours un besoin de permanence et de proximité que l’expérience de terrain des PSAD peut apporter. Certes, ils devront encore monter en gamme, mais c’est ce processus qui leur permettra, à l’avenir, de valoriser la qualité de leur travail dans le suivi, le coaching, l’écoute, l’alerte.

 

Annick MOREL, Présidente du HCAAM, Soin à domicile et maîtrise des coûts

Novembre 2013

Quelle est actuellement en France la place des soins à domicile dans la prise en charge des malades ?

Par rapport à d’autres pays européens, le système de soins français est caractérisé par l’importance relative de la place de l’hôpital, même si en termes financiers les dépenses des soins de ville sont majoritaires dans les dépenses totales de l’assurance maladie.  En effet, les politiques publiques de santé se sont d’abord structurées au travers des hôpitaux, plus nombreux aujourd’hui dans notre pays qu’ailleurs. Un exemple : les premières prestations de service médico-techniques à domicile sont issues d’équipes hospitalières qui ont souhaité organiser le retour puis le maintien à domicile de malades respiratoires chroniques.

Les soins de ville se sont parallèlement et progressivement développés sur la base de l’exercice libéral des médecins et des professions paramédicales puis de services, parfois reliés à l’hôpital, qui assurent des prestations coordonnées (services de soins à domicile, hospitalisation à domicile, prestataires à domicile). Ce développement a été autorisé par le progrès technique au sens large (médicaments, dispositifs médicaux, surveillance à distance) qui a permis  d’assurer une prise en charge « chez soi » dans des conditions satisfaisantes de qualité et de sécurité.

Comment voyez-vous cette place dans l’avenir ?

Le renforcement des soins de premier recours en ville est le grand enjeu d’aujourd’hui et de demain du système de santé de tous les pays industrialisés ; c’est aussi celui de la France qui a placé le sujet au centre de la stratégie nationale de santé présentée par la ministre de la Santé en septembre dernier. La « transition » épidémiologique y conduit ou y contraint : le vieillissement de la population s’accompagne de l’augmentation des maladies chroniques qui requièrent des soins de proximité au long cours et chacun aspire à être soigné chez soi. Cette modification des paradigmes du système de soins, conçu à l’origine pour traiter de pathologies aigües, exige d’apporter des réponses à plusieurs problèmes.

Le  premier est celui de la coordination. Contrairement à l’hôpital qui constitue par « nature » autour du patient une équipe soignante, les soins de ville de premier niveau nécessaires aux malades chroniques sont éclatés entre de nombreux acteurs de santé, sans compter les professionnels sociaux du soutien à domicile, intervenant auprès des personnes âgées ou des malades en perte d’autonomie. Et c’est souvent le malade ou sa famille qui coordonne un ensemble complexe. La stratégie nationale de santé affirme le rôle de coordination du médecin traitant. Viennent alors d’autres questions : comment rémunérer cette coordination ? Quelle équipe constituer autour du médecin traitant et comment ? Quels outils faciliteront la coordination ?

Le second sujet est celui de l’organisation sur tout le territoire de la présence médicale et des compétences soignantes à proximité des habitants. Qui pilote cette organisation et s’assure de sa qualité? Agences régionales de santé ou assurance maladie ?  Quel est précisément le rôle des professionnels dans cette organisation, par exemple celui des prestataires à domicile par rapport à l’hospitalisation à domicile ?

Comment cette évolution doit elle s’articuler avec l’hôpital?

C’est le troisième chantier à poursuivre. L’hôpital demeure et restera le centre expert des soins et en particulier, celui qui initie les traitements, notamment dans le cas de certaines maladies graves (le cancer par exemple) et/ou chroniques. On sait aujourd’hui que l’articulation entre l’hôpital et la ville, médecin traitant mais plus généralement équipes soignantes en ville, demeure problématique tant au plan de l’information réciproque que de l’organisation des soins (entrées ou sorties à l’hôpital, relais en ville de la prise en charge hospitalière).  Si la ville doit constituer autour des patients des équipes organisées, l’hôpital doit se structurer et développer une communication avec la ville pour assurer des parcours de soins fluides aux malades dont la prise en charge sera assurée à l’extérieur de ses murs.

 
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